« Romain Gary n’est jamais tout à fait devenu un classique. Peut-être est-ce là un indice pour le lire vraiment : parce qu’iconoclaste et inclassable, son œuvre résiste à cette appellation. Bien qu’étant un des auteurs les plus lus, il fait figure de marginal dans les Lettres françaises. Le romancier a cultivé avec constance le mythe de l’affranchi, du cosaque des lettres, en prisant les personnages de parias, de marginaux et de saltimbanques. Éternel insatisfait de soi, éternel écorché vif, il a entretenu le doute sur sa biographie, brouillé les pistes, recouru aux pseudonymes, toisé la bienséance littéraire, choqué par son irrévérence face aux canons du style et de la construction romanesque, par ses déclarations à brûle-pourpoint et son humour noir. 
Si l’œuvre de Gary n’a pas toujours été perçue comme de premier plan, c’est aussi qu’il est un écrivain dont la vie suscite le plus grand intérêt du public, au détriment parfois d’une lecture attentive de ses textes. Son nom charrie en effet toute une imagerie. Il s’agirait donc de ne pas le réduire à quelques traits biographiques (le séducteur, le mari de Jean Seberg), à quelques prouesses littéraires (l’affaire Émile Ajar, les deux Goncourt) ou à quelques livres fétiches (Les Racines du cielLa Promesse de l’aube). Car sous la plume de Gary se fait entendre une voix singulière, aux tonalités multiples. La voix d’un écrivain engagé, fidèle à la France Libre et à de Gaulle, celle d’un romancier en révolte contre l’étroitesse des idéologies, qui n’a jamais dérogé aux exigences qui furent les siennes : le refus de désespérer et la poursuite de l’idéal. Un clown lyrique, un mangeur d’étoiles, un enchanteur, comme le disent si bien ses titres. » 
Maxime Decout.

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